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Alara Villa

Alara Villa est une commissaire d’exposition et une chercheuse basée à Paris, avec une formation en beaux-arts et en histoire de l’Université de la Sorbonne, de l’Université de Bologne et de l’EHESS. Élevée entre l’Italie et la Turquie, elle explore les échanges de cultures visuelles et matérielles dans la région méditerranéenne. Grâce à une approche interdisciplinaire, elle s’intéresse aux traditions ancestrales, aux rituels et à l’artisanat, ainsi qu’à la production de nouvelles connaissances dans le cadre des mobilités accélérées de la cosmopolis. Cofondatrice du collectif SPAM (2021-2023), elle continue d’expérimenter des modes d’engagement avec la différence et d’ouvrir des espaces de dialogue.

Crédit : Emma Tholot

Les Vitrines 2025 – Appel à candidatures

Crédit photo : Kathleen Pracht

RECHERCHE UN OU UNE COMMISSAIRE POUR LE PROJET D’EXPOSITION LES VITRINES 2025

À LA MAISON DE FRANCE/INSTITUT FRANCAIS BERLIN

Mars – Décembre 2025

Date limite de candidature : 19 août 2024

Appel ouvert aux commissaires d’expositions pour la conception d’un cycle de deux expositions dans les vitrines de la Maison de France, située Kurfürstendamm 211, 10719 Berlin, entre mars et décembre 2025.

MERCI DE BIEN CONSULTER LE CAHIER DES CHARGES DE L’EXPOSITION AVANT DE CANDIDATER – CANDIDATURE A FAIRE EN ANGLAIS

Concept du projet :

Le projet Les Vitrines met un espace à disposition d’un ou d’une jeune commissaire pour la conception et la mise en œuvre de deux expositions d’artistes établis en France et/ou à l’international. Les expositions, chacune visible sur une période de quatre mois, présenteront des œuvres d’artistes adaptées pour ce lieu singulier.

Le potentiel considérable de ce projet réside dans le format atypique de l’espace d’exposition. Sa structure architecturale, sa situation géographique et son accessibilité au grand public sont autant de caractéristiques singulières que commissaires et artistes prendront en considération pour leurs propositions originales dans le domaine des arts visuels.

Grâce à sa localisation à Berlin, ville possédant une des scènes de l’art contemporain les plus actives en Europe, le projet des Vitrines offre une possibilité d’exposition et de visibilité à l’international pour le ou la commissaire d’exposition sélectionné.e.

Tous les ans, un appel à candidature est publié dans le cadre du programme « Jeunes Commissaires » pour sélectionner le ou la commissaire responsable du cycle de l’année suivante. Le choix est opéré selon la pertinence des projets présentés dans le contexte donné par les équipes du Bureau des arts plastiques (BDAP), celles de l’Institut français Berlin. Pour l’année 2025, un intérêt particulier sera porté aux candidatures proposants des artistes internationaux ou de la scène allemande/berlinoise.

Missions et domaines de responsabilité :

  • Sélection des artistes et conception des deux expositions (développement d’un concept curatorial, tenue des délais impartis, montage/démontage, coordination des transports d’œuvres, coordination de la correspondance avec les artistes, respect du budget alloué et des spécificités liées à l’espace d’exposition)
  • Suivi budgétaire en lien étroit avec les organisateurs
  • Coordination et suivi de la communication avec les équipes de l’Institut français et du BDAP (participation aux réunions, échanges réguliers de mails pour le bon déroulement du projet)
  • Coopération éditoriale (rédaction des textes d’exposition, supports de communication, travaux de recherche, notes d’intention, participation aux dossiers de subventions/mécénat…)
  • Participation à l’élaboration d’évènements liés à l’exposition (vernissage, rencontres avec les publics, éventuellement avec les sponsors…)

Critères de sélection :

Chaque candidat doit fournir une proposition d’un cycle d’expositions en intégrant les paramètres pratiques du projet (spécificités du lieu d’exposition, budget, déplacements à Berlin si le ou la candidat·e n’y vit pas, etc.)

Pour l’édition de 2025, une attention particulière sera portée aux propositions incluant des artistes internationaux ou de la scène allemande/berlinoise.

Le choix du ou de la commissaire se distinguera également par le développement de scénographies originales et adaptées qui prennent en compte la singularité de chaque artiste et de l’espace d’exposition.

Le projet doit prendre en compte la diversité des publics, l’égalité des genres, l’impact environnemental et le dialogue interculturel.

Profil recherché :

  • Le ou la candidat·e doit avoir de l’expérience dans la conception et l’organisation d’expositions
  • Le ou la candidat·e doit pouvoir se rendre disponible en présentiel à Berlin pour les moments clefs du cycle d’expositions (lors d’éventuelles performances des artistes et/ou de visites programmées par exemple).
  • Une formation dans le domaine artistique ainsi qu’une très bonne connaissance de la scène internationale sont souhaitées.
  • Le ou la candidat·e devra être capable de travailler de façon indépendante et à distance, individuellement ainsi qu’en équipe. Ses partenaires de travail, les équipes de l’Institut Français sont basées en Allemagne (cf. cahier des charges).
  • Le ou la candidat·e doit être français·e ou résider en France. Si résidant en France, le ou la candidat·e doit avoir la possibilité de faire les allers-retours nécessaires à Berlin et prévoir un endroit où se loger durant ses séjours. Ces frais doivent être inclus dans le budget global alloué au projet.
  • La connaissance de la langue allemande est un plus.

Documents de candidature en PDF :

  • Une description en anglais du projet envisagé pour Les Vitrines comprenant la présentation du concept des expositions, ainsi que notices et visuels de présentation pour chaque artiste et œuvre envisagés (max 3 Mo).
  • Un budget prévisionnel en anglais en tenant compte des indications budgétaires incluses dans le cahier des charges.
  • Un curriculum vitae en anglais incluant l’indication d’un numéro SIRET, si résident·e en France, ou d’un Steuernummmer, si résident·e en  Allemagne.
  • Liste en anglais des projets auxquels le ou la commissaire a participé (si elle n’est pas comprise dans le CV).

Merci d’adresser votre dossier de candidature par e-mail aux adresses suivantes : marie.praun@institutfrancais.de et alix.weidner@institutfrancais.de

Date limite de candidature :  19 août 2024

Les entretiens en anglais se tiendront après présélection et en visioconférence la semaine des 16 et 17 septembre 2024

Annonce du ou de la lauréat·e :  fin septembre octobre 2024

Présentation du programme « Jeunes Commissaires » :

Le programme « Jeunes Commissaires » a été créé en 2013 par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne en étroite collaboration avec le Ministère de la Culture et l‘Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ). « Jeunes Commissaires » vise à établir de nouvelles formes de soutien aux commissaires d’exposition émergent·e·s français·e·s sur la scène artistique allemande. La priorité du programme est l‘accompagnement des démarches de jeunes commissaires et professionnel·le·s des métiers de l’exposition, l’incitation à la mobilité et à la circulation des informations ainsi que le renforcement d’un réseau européen.

Contact :

Institut français Berlin

Kurfürstendamm 211, 10719 Berlin

+49 (0)30 885 902 32

marie.praun@institutfrancais.de

www.institutfrancais.de/berlin

Direction : Sophie Coumel

Chargée de programmation culturelle : Marie Praun

Bureau des arts plastiques | Institut français d’Allemagne

Französische Botschaft, Pariser Platz 5, 10117 Berlin

+49 (0)30 590 03 9244

alix.weidner@institutfrancais.de

www.jeunescommissaires.de

Responsable : Oriane Durand

Chargée de projets culturels : Alix Weidner

Elia-Rosa Guirous-Amasse

En tant que curateurice et autrice indépendant.e, Elia-Rosa Guirous-Amasse collabore avec des espaces alternatifs perçus comme des foyers d’idées radicales. En véritable utopiste, sa recherche explore les nuances des préjugés coloniaux au sein des technopouvoirs et s’inscrit dans la lignée de ceux et celles qui considèrent la pratique curatoriale comme un engagement écologique et social.

Diplômé.e du Master “Administration of Visual Arts” de l’Université de New York en 2022 après obtention de la Robert and Nelly Gibson Fellowship, son mémoire explore les rapports entre les institutions d’art contemporain françaises et les artistes de la diaspora algérienne, un champ de recherche qu’elle continue d’approfondir à travers ses écrits et proximité les artistes de la diaspora SWANA (Asie du Sud-Ouest et Afrique du Nord).

A New York, iel se forme aux côtés de Charles Aubin et Roselee Goldberg à Performa en tant qu’assistant.e curateurice. L’année suivante, iel crée Connected Matter, un collectif artistique et curatorial qui examine le rôle de la technologie dans les arts au prisme du cyberféminisme. Avec le soutien du Goethe Institute, le collectif lance sa troisième édition à Copenhague proposant We Run Together Through The Virtual Quarries, une exposition qui interroge les liens entre extraction minière, technologie et capitalisme vert.

Iel a récemment assisté l’artiste Danielle Freakley et le commissaire Raimundas Malasauskas pour le pavillon des Seychelles lors de la 60e Biennale de Venise. Iel rédige fréquemment des articles pour diverses revues. Actuellement, elle développe un programme de débats et de performances pour l’espace culturel Simian à Copenhague, axé sur l’écologie de la résistance.

www.eliarosaguirousamasse.com

Crédit photo : Léa Hasbroucq

Lila Torquéo

Lila Torquéo (1994) est curatrice et autrice indépendante, basée entre Paris et Bruxelles. Son travail prend corps dans des expositions, des éditions et des maquettes. Récemment, elle a curaté The Airbag generation à Medusa (Bruxelles), qui portait sur les enjeux érotiques et économiques de la peau, autour de la figure de Lolo Ferrari. Elle s’intéresse aux dimensions intimes et politiques d’architectures domestiques et charnelles, au cœur de l’exposition CRÛ dans le Palais des Beaux-Arts de Paris. Elle s’est immiscée dans l’esprit bourgeois bohème de la Cité Montmartre (Paris), où elle a curaté plusieurs expositions, dont La Fondation Giacobetti, une institution miniature où s’est tenue l’exposition de Nastassia Kotava et Darya Danilovitch. Dans l’exposition Attaches parisiennes pour poignées de porte, elle a fait de la maison de poupées une méthode pour repenser les espaces de la Villa Belleville (Paris) et les liens des artistes résident·es. Son intérêt pour l’usage de la réappropriation dans des pratiques artistiques et militantes, infuse l’exposition/édition qu’elle a co-curatée avec Lou Ferrand, lors de sa résidence aux Beaux-Arts de Paris, en collaboration avec Act Up-Paris et l’Académie Gay & Lesbienne. Elle a été intervenante invitée avec Lou Ferrand au séminaire de Clara Schulmann (Beaux-Arts de Paris) autour de l’œuvre de Kathy Acker et de Mélanie Matranga, ainsi que de Vincent Romagny (École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon) pour discuter de l’archive exposée. Elle prépare l’exposition des diplômé·es de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier. Lila Torquéo écrit régulièrement pour des galeries, des artistes et des revues dont CRITIQUE D’ART. Elle a travaillé pendant trois ans au sein du collectif Art Session, au service de la programmation du Centre Pompidou (Paris).

Andréanne Béguin

Commissaire d’exposition et critique d’art, Andréanne Béguin explore et joue avec les incohérences et des scories du système capitaliste et de la pensée logistique, par des confrontations avec des périodes historiques prémodernes, et particulièrement le Moyen-Âge. L’approche transhistorique et les changements de temporalité et d’échelle opérés, avec la complicité des artistes, permettent de faire jaillir, dans le creux de l’Histoire, de nouveaux récits et contre-discours.

Diplômée de Sciences Po Paris, de la Sorbonne et du Royal College of Art de Londres, elle a été assistante commissaire au Barbican Centre, et pour la 34e Biennale de Sao Paulo. Elle a été commissaire associée au Cneai, Paris. En tant que commissaire indépendante, elle a été invitée à Gasworks, Londres (2021), au CEAAC, Strasbourg (2021), au Centre Tignous, Montreuil (2023), à la Graineterie, Houilles (2024), à l’Espace le Carré, Lille (2024), à Mécènes du Sud, Montpellier (2024), à la Maison du Danemark, Paris (2024). Elle a été en résidence aux Beaux-Arts de Paris (2022-2023), à la Maison Populaire, Montreuil (2024), à 40mcube, Rennes (2024). Elle est lauréate du programme CURA du Cnap avec la Scène Nationale Carré-Colonnes (2024-2025), du programme Nouveau Grand Tour de l’Institut Français des Pays-Bas (2024).

En tant que critique d’art, Andréanne Béguin contribue régulièrement à la revue Zérodeux et a écrit pour le Salon de Montrouge. Elle est lauréate du dispositif de soutien à la recherche en théorie et critique d’art du Cnap (2023).

Les Vitrines 2024 – Exposition d’Arthur Gillet – « Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler »

Les Vitrines est un espace d’exposition consacré à la scène artistique française, initié par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne et de l’Institut français de Berlin, dont la direction artistique est confiée en 2024 à la commissaire d’exposition Lisa Colin et l’identité visuelle au studio Kiösk.

Nouvelles langues

Cette année, Les Vitrines accueillent tour à tour les artistes Arthur Gillet et Lou Masduraud à prendre part à une révolution romantique. De la peinture sur soie à la patine du bronze, leurs pratiques singulières et minutieuses détournent les savoir-faire traditionnels, et dévoilent des mondes merveilleux, jusqu’ici occultés. Les fresques spécialement créées pour l’occasion prônent le temps long, l’interrelation et la réhabilitation du soin et de l’écoute comme forces indispensables à la reconstruction d’un monde commun.

Arthur Gillet

Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler

08.03 – 15.06.2024

Vernissage le jeudi 7 mars à 19h et performance d’Arthur Gillet à 20h en entrée libre

C’est au travers d’une peinture sur soie de vingt-cinq mètres de long, qu’Arthur Gillet retrace son parcours, conscient de sa difficulté à s’adapter au monde et à l’autre. Cette fresque, à la fois personnelle et universelle, témoigne de la vie d’un CODA – Child of Deaf Adults [enfant entendant de parents sourds], dévoilant des aspects souvent méconnus de la vie des sourd·es et des enjeux socioculturels liés à cette divergence. Par un ensemble de figures, l’œuvre transcende les barrières linguistiques, et explore les subtilités de la communication non-verbale.

D’une flèche qui traverse l’oreille de sa mère, la peinture évoque la perte de son audition, et les étapes de vie qui en découlent : son éducation au couvent où on lui interdit de signer, sa participation au Réveil Sourd – mouvement pour la réhabilitation de la Langue des Signes Française, la naissance d’Arthur et son intégration difficile, situé entre le monde des sourd·es et des entendant·es, l’isolement social, les moqueries et la violence de la différence, avant de trouver, chacun·e, une forme d’émancipation dans les nouvelles technologies. Arthur Gillet s’inspire des enluminures de Cristoforo de Predis, un artiste sourd du Moyen Âge italien, notamment dans l’usage de couleurs vives et la représentation de structures symboliques : les architectures – reclusoir, église, porte, tours – sont autant de lieux d’isolement que de franchissements pour ces personnages, guidés par des présences invisibles. L’iconographie dévoile le rôle souvent occulté de la religion dans l’histoire des sourd·es, où la confusion entre surdité et déficience mentale a conduit à la réclusion et à la stigmatisation. Néanmoins, la figuration, art déjà employé dans les églises pour transmettre le contenu d’un livre à une population analphabète, ne s’est pas arrêtée à une dimension purement pédagogique ou décorative. Les fresques du couvent San Marco de Fra Angelico étaient destinées à devenir un support au dialogue intérieur. Il apparaît dans les cultures sourde et CODA, la conviction qu’au-delà d’une dialectique occidentale (platonicienne, chrétienne ou moderne) l’image n’est pas le substitut d’une vérité intellectuelle qui lui serait supérieure, mais une expression à part entière, riche et pleine de sens, capable de pallier les limites du verbe.

Pour autant, jusqu’en 2005 être sourd·e ou CODA signifie ne pas avoir de langue maternelle. En 1880, le congrès de Milan réunit deux-cent-vingt-cinq « spécialistes » dont seulement trois sourds, et conclut à la nécessité de promouvoir la méthode oraliste au détriment des langues visuelles. Les langues des signes sont interdites jusqu’en 1991[1], et reconnues progressivement en Europe comme langues officielles dans les années 2000 (en France en 2005). L’oralisme exige des personnes sourdes une intégration forcée par mimétisme, au prix de méthodes douloureuses et mutilantes (appareils, trépanations). S’inscrivant dans une pédagogie qui impose que l’on entende et parle avant d’écrire, l’oralisme dénigre les capacités et l’intelligence propres à chaque individu. Des méthodes d’apprentissage forcé se développent, Cet enfant sera comme les autres : il entendra, il parlera[2]. En conséquence, en France en 2003, parmi les deux millions de personnes nées sourdes, l’illettrisme est massif et atteint les 80%[3]. C’est le cas de la mère d’Arthur, qui obtient en 1971 le seul diplôme à sa portée, un certificat d’aptitude professionnelle en Arts Ménagers. Elle participe dans les années 70-80 au Réveil Sourd, mouvement militant pour une éducation bilingue de l’enfant sourd·e, conjointement aux luttes féministes, antiracistes, LGBTQ et décoloniales, qui défendent leurs reconnaissances et leurs droits. C’est par cette rencontre avec d’autres personnes sourdes, que sa mère apprend à l’âge de 17 ans sa « langue naturelle », la langue des signes.

Revenant sur des faits parfois traumatisants, Arthur Gillet rend visible des conditions socio-politiques méconnues, et met en lumière l’inversion de la parentalité qui s’opère fréquemment : les enfants CODA se voient jouer le rôle d’intermédiaire ou de parent auprès d’une société entendante validiste (recherche de travail, traduction, socialisation, intégration). Ainsi, il révèle l’impact majeur des avancées technologiques, telles que l’invention du minitel, du téléphone, de la lampe-flash radio Lisa (qui traduit le son en lumière), ou du télétexte Antiope (pour la transcription en direct des dialogues et sons des films, spatialisés par un code couleur) qui ont non seulement facilité la communication et la sociabilisation, mais ont surtout contribué à l’autonomisation des personnes sourdes. Dans sa fresque, l’artiste développe une iconographie multiple de l’invisible, où la technologie prend le pas sur la religion : les anges sont remplacés par des écrans annonciateurs, le clocher de l’église par une tour de transmission, les rayons sacrés sont des ondes radios. Le 21e siècle devient alors l’époque de la magie, les choses adviennent sans qu’on en comprenne leur fonctionnement. Dans la lignée d’Hilma af Klint[4], dont les carnets et peintures sont empreints de spiritisme, l’œuvre d’Arthur Gillet est un portail vers d’autres dimensions, où le réel cohabite avec le fantastique. L’emploi de la figuration rend visible une condition physique qui ne l’est pas, contrant sa « monstruosité », c’est à dire précisément son manque de représentation. Les nouvelles technologies ont également apporté une grande visibilité au mouvement, une représentation politique autogérée, à l’instar d’autres minorités.

La fresque, éclairée par l’arrière, prend des allures de vitraux ou d’écran, et se déroule comme une pellicule cinéma : en longeant la vitrine, on découvre une suite d’images qui s’animent, témoin silencieux de la vie d’un CODA. Entre la revendication d’être « comme les autres » et celle d’être reconnu dans sa spécificité, Arthur Gillet déconstruit les stéréotypes et dépeint la surdité non pas comme une incapacité mais comme une divergence physique, d’intelligence et de sensibilité. Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler est un manifeste visuel ; le témoignage poignant d’une lutte pour l’inclusion et la reconnaissance culturelle.

Lisa Colin

[1] Dès 1975, des associations comme l’IVT – International Visual Theatre vont enseigner en Île-de-France la Langue des signes française. C’est en 1991 que l’amendement « Fabius » reconnaît aux familles le droit de choisir une communication bilingue dans l’éducation de leurs enfants. Ce décret sera très peu respecté, seuls 1 % des élèves sourd·es ont par la suite accès à ces structures.

[2] Marcelle CHARPENTIER, Cet enfant sera comme les autres : il entendra, il parlera. Dès l’âge de la maternelle (Éditions sociales françaises, Paris, 1956).

[3] Brigitte PARRAUD et Carole ROUDEIX, « Bibliothèque, lecture et surdité », BBF – Bulletin des bibliothèques de France (En ligne, 2004).

[4] Peintre suédoise (1862-1944), qui a voué sa vie et son travail à l’exploration de l’invisible.

Arthur Gillet (né en 1986, vit et travaille à Paris) est un artiste plasticien et performeur. Diplômé de l’École des beaux-arts de Rennes, il se forme parallèlement à la danse contemporaine au Musée de la danse. Il grandit en transition de genre, dans une famille sourde et neuro-atypique en marge du marché du travail. Dans ses travaux, Arthur Gillet approfondit les thématiques du désir, de l’identité, de la lutte sociale et des médias ; par sa pratique de la performance et du happening, il investit les espaces publics ou institutionnels. Il est marqué par les autrices et artistes qui ont accompagné son parcours de transition : Naoko Takeuchi, Jane Austen, Valtesse de la Bigne, Virginia Woolf, Murasaki Shikibu, Isabelle Queval, Geneviève Fraisse, Elisabeth Lebovici. Arthur Gillet a présenté son travail en France et à l’international, au CAC Brétigny, au Palais de Tokyo (Paris), à PROXYCO Gallery (New-York), au Transpalette – Centre d’art contemporain de Bourges, entre autres.

Site internet : https://arthurgillet.com/

Instagram : @arthurouge

Crédits photos : Kathleen Pracht

Kiösk est un studio de design graphique basé à Ivry-sur-Seine. Le duo composé d’Elsa Aupetit et Martin Plagnol dessine des identités visuelles, des sites Internets, des affiches, des éditions, des signalétiques, dans le cadre de la commande publique comme privée. Ils ont également fondé la maison d’édition indépendante Dumpling Books.

Studio Kiösk 

Instagram : @studio_kiosk

Liberty Adrien

[LES VITRINES 2021]

Liberty ADRIEN est commissaire d’exposition indépendante, historienne et critique d’art. Elle vit et travaille entre Berlin et Paris.

Elle a fondé le centre d’art Âme nue à Hambourg, en Allemagne, en 2015, dédié à la création contemporaine. Elle y a été commissaire de nombreuses expositions et a notamment présentée : Ruth van Beek (2017), Sarah Feuillas (2015), Robin Hinsch (2019), Stefan Marx (2018), Moshtari Hilal (2019), Roman Moriceau (2016, 2019), Sarah Naqvi (2019), et Lu Yang (2018). Elle a créé le salon du livre d’artiste et de l’édition d’art STAPLED (2018, 2019) et plusieurs séries de tables rondes : « In Conversation With » et « Entering the Anthropocene » (en collaboration du journaliste de DIE ZEIT Fritz Habekuß). Elle a co-fondé les ateliers d’artistes Âme Nue, à Paris, et la librairie de livres d’artiste en ligne Liberty Matters Books, en 2020.
Dans sa pratique curatoriale, elle collabore avec des institutions à l’échelle européenne, à l’instar de l’International Cultural Exchange – Ministère de la culture et des médias Hambourg, l’Institut français, l’Institut Goethe, et le Centre Photographique Marseille. Elle est éditrice en ligne pour la maison d’édition de livres d’art Hatje Cantz, et critique d’art pour le magazine d’art contemporain en ligne PASSE-AVANT, dédié à la scène émergente.

Lauréate de la bourse curatoriale du Cnap (2016-2017) pour son Étude sur l’histoire des acquisitions d’œuvres d’artistes femmes pour la collection nationale d’art française, de 1791 à nos jours, sa recherche a été présentée dans le magazine de l’Association AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, et au ARTE Journal (2020). Elle a donné plusieurs conférences à ce sujet, à Berlin et Frankfurt.

MISSION AU SEIN DE LA KUNSTHALLE PORTIKUS X LUCAS JACQUES-WITZ

Cette année, le jeune commissaire Lucas Jacques-Witz a été sélectionné pour intégrer l’équipe de curation de la Kunsthalle Portikus à Francfort-sur-le-Main pour travailler en étroite collaboration avec les équipes de l’institution allemande pour l’organisation et la mise en œuvre de la manifestation PORTIKUS ART BOOK FESTIVAL et des programmes de médiation.

Se déroulant du 19 au 23 octobre 2022, parallèlement à la Foire internationale du livre de Francfort, PORTIKUS ART BOOK FESTIVAL est un projet d’expositions, d’ateliers et de conférences publiques qui vise à mettre en lumière le travail d’éditeurs et d’éditrices de livres d’art indépendants et internationaux, à partager et échanger sur les pratiques contemporaines de création de livres d’artistes, fanzines, magazines, multiples, etc. Son objectif est de présenter une pluralité de créateurs et créatrices, d’exposer leur travail et de les faire dialoguer au sein d’une scénographie d’exposition spécialement conçue pour l’occasion par le studio d’architecture espagnol MAIO. La présentation des livres y sera en constante évolution, invitant les visiteurs, avec l’aide de l’équipe de Portikus, à établir de nouvelles connexions entre les différentes pratiques de l’édition. PORTIKUS ART BOOK FESTIVAL présentera également une série de discussions publiques axées sur la transmission des connaissances et des expériences d’acteurs internationaux de l’édition de livres d’art et pour un public plus jeune, des ateliers artistiques axés sur la création de fanzines seront organisés, en collaboration avec une école locale et des étudiants de la Städelschule.

STAPLED

STAPLED est un événement d’une semaine qui servira de plateforme pour les éditeurs d’art expérimental du monde entier. éditeurs d’art expérimental du monde entier de se rencontrer et d’échanger des idées pendant la Foire du livre de Francfort, la plus grande foire du livre au monde. d’échanger des idées pendant la Foire du livre de Francfort, la plus grande foire du livre au monde. du monde. STAPLED vise à jeter un pont entre les différentes scènes de l’édition d’art. entre les différentes scènes de l’édition d’art. En mettant l’accent sur la création d’un dialogue entre les éditeurs d’art internationaux, une sélection d’artistes, de studios de une sélection d’artistes, de studios de graphisme et d’éditeurs internationaux seront invités à présenter leur travail dans une scénographie d’exposition spécialement commandée pour l’exposition. dans une scénographie d’exposition spécialement conçue pour l’occasion. pour l’occasion. Repenser les façons de s’engager avec les livres aujourd’hui, un artiste ou un architecte sera invité à créer une scénographie d’exposition spécialement commandée pour l’occasion. sera invité à créer une scénographie d’exposition spécialement pour l’occasion. Cette scénographie unique sera au centre de la toute première présentation de Portikus sur les pratiques de l’édition d’art. présentation de Portikus sur les pratiques de l’édition d’art. Il sera essentiel de Il sera essentiel de s’engager les uns avec les autres et avec les livres présentés. L’objectif de STAPLED L’objectif de STAPLED est de présenter une famille cohérente de créateurs de livres en exposant leurs travaux ensemble et en les faisant dialoguer dans le cadre d’une exposition. en exposant leurs travaux ensemble et en les faisant dialoguer dans le hall principal de Portikus. La présentation des livres changera constamment, invitant les visiteurs à tracer de nouvelles frontières entre les différentes approches de l’édition. L’exposition STAPLED est gratuite et sera s’accompagnera de diverses séances de dédicaces avec des artistes et des locales et internationales qui se dérouleront tout au long de la journée.

 

LES VITRINES 2022 | Exposition du duo Ferruel & Guédon

19 octobre 2022 – 08 janvier 2023

AFFG est un duo d’artistes françaises, composé d’Aurélie Ferruel (née en 1988) et de Florentine Guédon (née en 1990), qui travaillent ensemble la sculpture et la performance depuis une dizaine d’années. Nourri par les rites populaires et les savoir-faire régionaux, leur travail s’appuie sur des traditions ancestrales qu’elles tentent de dépasser. En s’affranchissant des héritages avec humour, spontanéité et sens critique, elles donnent à voir un monde imaginaire construit à partir de matériaux vivants dans une économie de moyens. Pour Les Vitrines de l’Institut Français de Berlin, le duo s’interroge sur le rôle de la vitrine. Espace sacré, muséal, commercial, espace de protection, de tentation, de conservation. Les réflexions d’AFFG explorent la place d’un monde vivant mis sous cloche, privé de son évolution naturelle. La scénographie imaginée questionne notre lien sensoriel à l’heure de toutes les crises et dépoussière l’espace traditionnel de la vitrine pour devenir le théâtre de nouvelles fabulations.

LES VITRINES 2022 | Philipp Röcker – Sentimental building

08 juin 2022 – 09 octobre 2022

Pour l’exposition Sentimental building, l’artiste Philip Röcker présente pour la première fois un ensemble de bronzes de tailles et formes variées qui explorent l’idée du soin et d’attention portée à la matière. Il y parvient par étapes qui tendent à transformer l’éphémère en impérissable. Sur du sable, il dessine au doigt des formes libres dont l’empreinte est ensuite coulée en cire puis en bronze. Allongées au sol, accoudées au mur, en équilibre, chaque pièce réclame une proximité du spectateur pour observer la douceur de l’irrégularité autant que la fragilité d’un matériau robuste. L’espace surélevé des Vitrines conduit notre regard vers la lecture d’une multitude de caresses en volumes qui selon leur combinaison construisent un répertoire de formes diverses – une lettre, un volume, un moulage. L’artiste rattache ses constructions sentimentales aux œuvres paléolithiques dont la plupart restent aujourd’hui énigmatiques. Il y ajoute ici la possibilité de devenir sculptures, et y oppose la noblesse du bronze à la simplicité d’un geste.