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Nouvelles formes de soutien aux jeunes commissaires d’exposition en France et en Allemagne

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Journal

Les Vitrines 2024 – Exposition d’Arthur Gillet – « Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler »

Les Vitrines est un espace d’exposition consacré à la scène artistique française, initié par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne et de l’Institut français de Berlin, dont la direction artistique est confiée en 2024 à la commissaire d’exposition Lisa Colin et l’identité visuelle au studio Kiösk.

Nouvelles langues

Cette année, Les Vitrines accueillent tour à tour les artistes Arthur Gillet et Lou Masduraud à prendre part à une révolution romantique. De la peinture sur soie à la patine du bronze, leurs pratiques singulières et minutieuses détournent les savoir-faire traditionnels, et dévoilent des mondes merveilleux, jusqu’ici occultés. Les fresques spécialement créées pour l’occasion prônent le temps long, l’interrelation et la réhabilitation du soin et de l’écoute comme forces indispensables à la reconstruction d’un monde commun.

Arthur Gillet

Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler

01.03 – 15.06.2024

Vernissage le jeudi 29 février à 19h et performance d’Arthur Gillet à 20h en entrée libre

C’est au travers d’une peinture sur soie de vingt-cinq mètres de long, qu’Arthur Gillet retrace son parcours, conscient de sa difficulté à s’adapter au monde et à l’autre. Cette fresque, à la fois personnelle et universelle, témoigne de la vie d’un CODA – Child of Deaf Adults [enfant entendant de parents sourds], dévoilant des aspects souvent méconnus de la vie des sourd·es et des enjeux socioculturels liés à cette divergence. Par un ensemble de figures, l’œuvre transcende les barrières linguistiques, et explore les subtilités de la communication non-verbale.

D’une flèche qui traverse l’oreille de sa mère, la peinture évoque la perte de son audition, et les étapes de vie qui en découlent : son éducation au couvent où on lui interdit de signer, sa participation au Réveil Sourd – mouvement pour la réhabilitation de la Langue des Signes Française, la naissance d’Arthur et son intégration difficile, situé entre le monde des sourd·es et des entendant·es, l’isolement social, les moqueries et la violence de la différence, avant de trouver, chacun·e, une forme d’émancipation dans les nouvelles technologies. Arthur Gillet s’inspire des enluminures de Cristoforo de Predis, un artiste sourd du Moyen Âge italien, notamment dans l’usage de couleurs vives et la représentation de structures symboliques : les architectures – reclusoir, église, porte, tours – sont autant de lieux d’isolement que de franchissements pour ces personnages, guidés par des présences invisibles. L’iconographie dévoile le rôle souvent occulté de la religion dans l’histoire des sourd·es, où la confusion entre surdité et déficience mentale a conduit à la réclusion et à la stigmatisation. Néanmoins, la figuration, art déjà employé dans les églises pour transmettre le contenu d’un livre à une population analphabète, ne s’est pas arrêtée à une dimension purement pédagogique ou décorative. Les fresques du couvent San Marco de Fra Angelico étaient destinées à devenir un support au dialogue intérieur. Il apparaît dans les cultures sourde et CODA, la conviction qu’au-delà d’une dialectique occidentale (platonicienne, chrétienne ou moderne) l’image n’est pas le substitut d’une vérité intellectuelle qui lui serait supérieure, mais une expression à part entière, riche et pleine de sens, capable de pallier les limites du verbe.

Pour autant, jusqu’en 2005 être sourd·e ou CODA signifie ne pas avoir de langue maternelle. En 1880, le congrès de Milan réunit deux-cent-vingt-cinq « spécialistes » dont seulement trois sourds, et conclut à la nécessité de promouvoir la méthode oraliste au détriment des langues visuelles. Les langues des signes sont interdites jusqu’en 1991[1], et reconnues progressivement en Europe comme langues officielles dans les années 2000 (en France en 2005). L’oralisme exige des personnes sourdes une intégration forcée par mimétisme, au prix de méthodes douloureuses et mutilantes (appareils, trépanations). S’inscrivant dans une pédagogie qui impose que l’on entende et parle avant d’écrire, l’oralisme dénigre les capacités et l’intelligence propres à chaque individu. Des méthodes d’apprentissage forcé se développent, Cet enfant sera comme les autres : il entendra, il parlera[2]. En conséquence, en France en 2003, parmi les deux millions de personnes nées sourdes, l’illettrisme est massif et atteint les 80%[3]. C’est le cas de la mère d’Arthur, qui obtient en 1971 le seul diplôme à sa portée, un certificat d’aptitude professionnelle en Arts Ménagers. Elle participe dans les années 70-80 au Réveil Sourd, mouvement militant pour une éducation bilingue de l’enfant sourd·e, conjointement aux luttes féministes, antiracistes, LGBTQ et décoloniales, qui défendent leurs reconnaissances et leurs droits. C’est par cette rencontre avec d’autres personnes sourdes, que sa mère apprend à l’âge de 17 ans sa « langue naturelle », la langue des signes.

Revenant sur des faits parfois traumatisants, Arthur Gillet rend visible des conditions socio-politiques méconnues, et met en lumière l’inversion de la parentalité qui s’opère fréquemment : les enfants CODA se voient jouer le rôle d’intermédiaire ou de parent auprès d’une société entendante validiste (recherche de travail, traduction, socialisation, intégration). Ainsi, il révèle l’impact majeur des avancées technologiques, telles que l’invention du minitel, du téléphone, de la lampe-flash radio Lisa (qui traduit le son en lumière), ou du télétexte Antiope (pour la transcription en direct des dialogues et sons des films, spatialisés par un code couleur) qui ont non seulement facilité la communication et la sociabilisation, mais ont surtout contribué à l’autonomisation des personnes sourdes. Dans sa fresque, l’artiste développe une iconographie multiple de l’invisible, où la technologie prend le pas sur la religion : les anges sont remplacés par des écrans annonciateurs, le clocher de l’église par une tour de transmission, les rayons sacrés sont des ondes radios. Le 21e siècle devient alors l’époque de la magie, les choses adviennent sans qu’on en comprenne leur fonctionnement. Dans la lignée d’Hilma af Klint[4], dont les carnets et peintures sont empreints de spiritisme, l’œuvre d’Arthur Gillet est un portail vers d’autres dimensions, où le réel cohabite avec le fantastique. L’emploi de la figuration rend visible une condition physique qui ne l’est pas, contrant sa « monstruosité », c’est à dire précisément son manque de représentation. Les nouvelles technologies ont également apporté une grande visibilité au mouvement, une représentation politique autogérée, à l’instar d’autres minorités.

La fresque, éclairée par l’arrière, prend des allures de vitraux ou d’écran, et se déroule comme une pellicule cinéma : en longeant la vitrine, on découvre une suite d’images qui s’animent, témoin silencieux de la vie d’un CODA. Entre la revendication d’être « comme les autres » et celle d’être reconnu dans sa spécificité, Arthur Gillet déconstruit les stéréotypes et dépeint la surdité non pas comme une incapacité mais comme une divergence physique, d’intelligence et de sensibilité. Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler est un manifeste visuel ; le témoignage poignant d’une lutte pour l’inclusion et la reconnaissance culturelle.

Lisa Colin

[1] Dès 1975, des associations comme l’IVT – International Visual Theatre vont enseigner en Île-de-France la Langue des signes française. C’est en 1991 que l’amendement « Fabius » reconnaît aux familles le droit de choisir une communication bilingue dans l’éducation de leurs enfants. Ce décret sera très peu respecté, seuls 1 % des élèves sourd·es ont par la suite accès à ces structures.

[2] Marcelle CHARPENTIER, Cet enfant sera comme les autres : il entendra, il parlera. Dès l’âge de la maternelle (Éditions sociales françaises, Paris, 1956).

[3] Brigitte PARRAUD et Carole ROUDEIX, « Bibliothèque, lecture et surdité », BBF – Bulletin des bibliothèques de France (En ligne, 2004).

[4] Peintre suédoise (1862-1944), qui a voué sa vie et son travail à l’exploration de l’invisible.

Arthur Gillet (né en 1986, vit et travaille à Paris) est un artiste plasticien et performeur. Diplômé de l’École des beaux-arts de Rennes, il se forme parallèlement à la danse contemporaine au Musée de la danse. Il grandit en transition de genre, dans une famille sourde et neuro-atypique en marge du marché du travail. Dans ses travaux, Arthur Gillet approfondit les thématiques du désir, de l’identité, de la lutte sociale et des médias ; par sa pratique de la performance et du happening, il investit les espaces publics ou institutionnels. Il est marqué par les autrices et artistes qui ont accompagné son parcours de transition : Naoko Takeuchi, Jane Austen, Valtesse de la Bigne, Virginia Woolf, Murasaki Shikibu, Isabelle Queval, Geneviève Fraisse, Elisabeth Lebovici. Arthur Gillet a présenté son travail en France et à l’international, au CAC Brétigny, au Palais de Tokyo (Paris), à PROXYCO Gallery (New-York), au Transpalette – Centre d’art contemporain de Bourges, entre autres.

Site internet : https://arthurgillet.com/

Instagram : @arthurouge

Kiösk est un studio de design graphique basé à Ivry-sur-Seine. Le duo composé d’Elsa Aupetit et Martin Plagnol dessine des identités visuelles, des sites Internets, des affiches, des éditions, des signalétiques, dans le cadre de la commande publique comme privée. Ils ont également fondé la maison d’édition indépendante Dumpling Books.

Studio Kiösk 

Instagram : @studio_kiosk

Les Vitrines 2023 – Exposition de Fanny Taillandier – « J’AI DEMANDÉ MA ROUTE AU MUR (il m’a dit d’aller tout droit) »

Les Vitrines est un espace d’exposition consacré à la scène artistique française, initié par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne et de l’Institut français de Berlin. Pour ce nouveau cycle d’expositions intitulé L’horizon des événements, la direction artistique est confiée à la commissaire Fanny Testas et l’identité visuelle au collective Bye Bye Binary (Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet et Léna Salabert). Trois artistes françaises, Vava Dudu, Lola Barrett et Fanny Taillandier, sont conviées à créer trois expositions tout au long de l’année qui invoquent de nouveaux récits et imaginaires sciences-fictionnels, et se prétendent capsules ou vortex temporels.

Si les espaces de libre circulation se développent autour du monde, ils s’accompagnent paradoxalement de frontières de plus en plus difficiles à franchir : murs, barbelés, patrouilles maritimes … Au libre-échange répond alors la militarisation, à la mobilité croissante, l’inflation de juridictions exceptionnelles faisant obstacle aux parcours humains. À la langue du droit et de ses limitations, par nature impersonnelle, répondent les chants collectifs des migrations, dont l’épopée est l’expression depuis la naissance de l’écriture.

Quel dialogue possible entre les normes juridiques, qui laissent passer ou barrent la route au nom de principes à géométrie variable, partout sur terre, et nos consciences individuelles et collectives, mues par le désir et la nécessité d’arpenter le monde ? En faisant dialoguer deux machines par essence incapables de s’entendre, l’exposition J’AI DEMANDÉ MA ROUTE AU MUR (il m’a dit d’aller tout droit) propose de donner à voir les impossibles accords de régimes de parole dont la légitimité ne naît pas au même endroit, et qui pourtant, par leurs forces respectives, forment le monde où nous vivons. Alors que la barre des 100 millions de personnes exilées dans le monde a été franchie en 2022, penser les frontières comme espace de dialogues multiples et de confrontation entre des imaginaires différents est une façon de donner la parole au futur.

Les œuvres de Fanny Taillandier sont accompagnées d’une sélection de photographies de Samuel Gratacap, issues de son travail Bilateral, publié en 2023.

L’identité visuelle des Vitrines 2023 a été confiée par Fanny Testas à la collective franco-belge Bye Bye Binary qui est à la fois une expérimentation pédagogique, une communauté, un atelier de création typo·graphique variable, un réseau, et une alliance. BBB explore la création de formes graphiques et typographiques adaptables à l’écriture inclusive.

Visual identity by Bye Bye Binary (Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet and Léna Salabert-Triby)

Le vernissage a eu lieu le jeudi 12 octobre 2023 à partir de 19h avec une performance de Fanny Taillandier et Noé Balthazard.

 

Katharina Ziemke, exposition « Unwetter » (Intempéries)

Texte écrit par Lisa Colin dans le cadre de la bourse de voyage et de recherche Jeunes Commissaires 2023

De la peinture à la performance, en passant par l’art vidéo, l’artiste allemande Katharina Ziemke déploie un univers artistique cru et minutieux. Elle s’inspire des domaines de la science et des sciences humaines afin d’élaborer des séries d’œuvres empreintes de considérations écologiques, féministes ou médiatiques. Ses peintures grand format, sur toile de coton, dibond ou feuille de riz, dévoilent des scènes figuratives, aux couleurs vives, qui attrapent le regard et nous confrontent à des réalités inquiétantes.

Katharina Ziemke, Tempest #4, 2020, aquarelle sur toile de coton, 95 x 125 cm

Au printemps 2023, l’artiste est invitée en résidence à la Cité des Arts à Paris où elle déploie un ensemble de recherches sur les tempêtes, en tant que phénomènes météorologiques et métaphores des défis environnementaux actuels. Dans son studio, les peintures et œuvres vidéo présentent une diversité de perspectives relatives aux tempêtes, soulignant en particulier les faits que nous pensons connaître.

Lors du voyage de recherche à Berlin, je rencontre à nouveau Katharina Ziemke qui me propose le commissariat de son exposition Unwetter. Entre représentation et abstraction, rêve et réalité, le corpus d’œuvres met en lumière des intempéries à travers le monde. Les peintures à l’huile ou à l’encre sur papier de riz capturent la beauté sublime et la force destructrice des tempêtes, bénéficiant de la capacité du médium à transmettre des couleurs et des textures intenses et émouvantes.

 

Vue de l’exposition Unwetter, Humboldt Universität zu Berlin du 28.09 au 10.11.2023 © Stefan Klenke

Conçue comme une installation globale en dialogue avec l’architecture de la Humboldt Universität, l’exposition invite le public à déambuler entre les œuvres, mêlant peintures, vidéos et performances. Au centre, la série ‘Episode : Sturm’ collecte les réflexions de différents acteurs de la société : responsable RSE, politicien, chimiste, scientifiques et adolescents. Le dessin qui apparaît peu à peu à l’écran se juxtapose aux interviews, qui abordent les thèmes de la durabilité, des politiques de santé, des technologies futuristes, de la biodiversité, de l’inaction comme de l’adaptation. L’installation offre une réflexion sur notre responsabilité environnementale commune face au changement climatique.

 Vue de l’exposition Unwetter, Humboldt Universität zu Berlin du 28.09 au 10.11.2023 © Stefan Klenke

Si ces fragments subjectifs donnent inévitablement à l’œuvre une teinte mélancolique, Katharina Ziemke nous encourage à nous défaire de cette humeur. L’exposition souligne la nécessité de réunir l’art et la science pour mieux comprendre les phénomènes et les émotions qui nous traversent. Unwetter est une expérience poétique, pour laquelle le public est invité à considérer les catastrophes actuelles d’un nouvel œil : l’installation accueille de nombreux débats, performances, cours universitaires, visites guidées et ateliers, pour repenser ensemble nos engagements.

En savoir plus sur Lisa Colin

La bourse de voyage et de recherche est une initiative du BDAP, et un projet soutenu par l’OFAJ (Office Franco-Allemand pour la Jeunesse).

Projets

Les Vitrines 2023 – Exposition de Lola Barrett – « Schneckenprinzessin »

Les Vitrines est un espace d’exposition consacré à la scène artistique française, initié par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne et de l’Institut français de Berlin. Pour ce nouveau cycle d’expositions intitulé L’horizon des événements, la direction artistique est confiée à la commissaire Fanny Testas et l’identité visuelle au collective Bye Bye Binary (Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet et Léna Salabert). Trois artistes françaises, Vava Dudu, Lola Barrett et Fanny Taillandier, sont conviées à créer trois expositions tout au long de l’année qui invoquent de nouveaux récits et imaginaires sciences-fictionnels, et se prétendent capsules ou vortex temporels.

Dès l’aube de l’humanité, la mer fascine, donnant naissance à de nombreux rêves, mythes et légendes. Encore aujourd’hui, les fonds marins restent en partie inatteignables, moins explorés que la Terre ou l’espace et font l’objet d’infinies divagations.  Dans son exposition Schneckenprinzessin, Lola Barrett met en bocal ses fantasmagories aquatiques, plongeant les spectateur·ice·x·s dans un univers oscillant entre une influence pop enfantine et un délire rétro-futuriste. En s’imaginant vivre parmi les « nudibranches », elle tisse une réalité parallèle, cocon acidulé de sculptures gonflables et molletonnées.

« Schneckenprinzessin » signifie littéralement « princesse des limaces » en allemand et est un clin d’œil assumé à Tsunade, personnage du manga japonais Naruto de Masashi Kishimoto. Surnommée « Namekuji Hime » (princesse des limaces), celle-ci est dotée d’une puissance physique inégalée. Le titre de l’exposition fait également référence au mot d’argot français « schneck » qui désigne le sexe féminin. « Schneckenprinzessin » est un étendard fièrement porté, revendiquant l’être femme comme une force.

Née en 1993 à Paris, Lola Barrett réside entre Bruxelles et Paris. Elle développe sa recherche artistique autour des environnements des êtres et de la manière dont celleux-ci ont des rapports inter-influents entre le vivant et le non vivant, entre le territoire et sa narrativité historique, jusqu’à la façon dont l’humanité se l’approprie. Ses œuvres composent les scènes des histoires que l’artiste raconte et incarne. Tout est affaire de décor, chacune des pièces créées révèle un pan du récit, tout en possédant une valeur plastique intrinsèque.

L’identité visuelle des Vitrines 2023 a été confiée par Fanny Testas à la collective franco-belge Bye Bye Binary qui est à la fois une expérimentation pédagogique, une communauté, un atelier de création typo·graphique variable, un réseau, et une alliance. BBB explore la création de formes graphiques et typographiques adaptables à l’écriture inclusive.

Visual identity by Bye Bye Binary (Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet and Léna Salabert-Triby)

Pour le vernissage de l’exposition « Schneckenprinzessin » de Lola Barrett, s’est produit une projection du court métrage « La nacre des ruines », suivi d’une performance. Le court-métrage est issu de l’exposition collective du même nom, basée sur le projet de Lola Barrett 2022, présentée à la Brasserie Atlas à Bruxelles et dont le commissariat a été assuré par Fanny Testas. L’œuvre cinématographique constitue le prologue à l’univers mis en scène dans Les Vitrines. La musique du film a été composée par le musicien et producteur Eric D. Clark, qui vit à Berlin. Elle a été jouée en direct dans le cadre de la projection du film et a accompagné la performance de Lola Barrett.

« La nacre des ruines » s’adresse à nous dans le futur et raconte les reliques de notre présent qui resteront après une montée puis une descente des mers. Ces scénarios futuristes nous plongent dans l’absurdité de l’Anthropocène, du Capitalocène et du Chthuluzène de Haraway et ouvrent un monde onirique pour arrêter la peur. L’avenir est l’inconnu, le mystère : où sont les hommes et quelles formes leur a donné la nature modifiée par leurs propres actions ? Avec un regard commun sur notre futur lointain dans 499 ans, après de nombreux cycles de vie et générations d’êtres vivants, les artistes considèrent les changements possibles de la vie humaine, du monde animal et végétal. De la vie d’autrefois, il ne reste que de doux mouvements d’air, des vagues et des échos de la mémoire. Dans cet espace-temps, ce sont les pierres qui donnent une voix à ces souvenirs, et l’eau et l’air constituent la mémoire de notre histoire. Les temps ont changé, en cette année 2522, mais le temps en soi n’existe plus, seule la vibration du souvenir persiste.

« La nacre des ruines » de Lola Barrett et Fanny Testas
Tourné à la Brasserie Atlas, Bruxelles, en juin 2022.
Avec Lola Barrett, Max Ricat, Marilou Guyon, Adélie Moye et Félix Rochaix.
Costumes : Lola Barrett, Laura Nataf, Max Ricat, Marilou Guyon, Adélie Moye et Félix Rochaix.
Caméra : Zoltan Molnar et Fanny Testas
Musique de film : Eric D. Clark
Montage : Clarisse Decroyer
Animation 3D du titre : Mathias Moreau
Lumière : Florentin Crouzet-Nico
Œuvres présentées d’Abel Jallais, Pedro Riofrío et Lola Barrett
Remerciements particuliers à Nicolas Jorio, Emile Barret et Sonia Saroya.
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Les Vitrines 2023 – Exposition de Vava Dudu – « Doudou »

Les Vitrines est un espace d’exposition consacré à la scène artistique française, initié par le Bureau des arts plastiques de l’Institut français d’Allemagne et de l’Institut français de Berlin. Pour ce nouveau cycle d’expositions intitulé L’horizon des événements, la direction artistique est confiée à la commissaire Fanny Testas et l’identité visuelle au collective Bye Bye Binary (Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet et Léna Salabert). Trois artistes françaises, Vava Dudu, Lola Barrett et Fanny Taillandier, sont conviées à créer trois expositions tout au long de l’année qui invoquent de nouveaux récits et imaginaires sciences-fictionnels, et se prétendent capsules ou vortex temporels.

Voyage temporel dans son intimité, l’exposition Doudou de Vava Dudu est un horizon empli de douceur. Le futur incertain pousse l’artiste à se lover comme dans un nuage, cloud, photos-fantasmes, rêve-réalité. Elle tente d’encapsuler une caresse contemporaine face à l’agression du monde et d’y résister par ses mots ronds et la rondeur de la ouate. Sa poésie s’ancre au cœur d’un imaginaire, celui du temps-miroir de ses souvenirs berlinois. Patrimoine d’un vécu créatif et de ses rencontres, elle tisse ses œuvres et ses mots pour répondre aux désirs de vivre la beauté. Le futur, c’est maintenant.

Vava Dudu est née en 1970 à Paris, où elle vit et travaille. De 2012 à 2018, elle a vécu à Berlin. L’artiste revendique sa position d’outsider de l’art contemporain en affirmant « préférer les extrêmes aux milieux ». Son métier de styliste et d’artiste côtoie son activité de chanteuse au sein du groupe La Chatte fondé en 2003 avec Stéphane Argillet et Nicolas Jorio, avec qui elle sort quatre albums. Son univers artistique qui mêle joyeusement textes et dessins se décline ainsi sur divers supports.

L’identité visuelle des Vitrines 2023 a été confiée par Fanny Testas à la collective franco-belge Bye Bye Binary qui est à la fois une expérimentation pédagogique, une communauté, un atelier de création typo·graphique variable, un réseau, et une alliance. BBB explore la création de formes graphiques et typographiques adaptables à l’écriture inclusive.

Visuel du cycle des Vitrines 2023 Crédit : Bye Bye Binary, Eugénie Bidaut, Roxanne Maillet et Léna Salabert

Le vernissage a eu lieu le 9 mars à 19 heures avec un concert de La Chatte à 20 heures, groupe fondé en 2003 et composé de Vava Dudu en tant que chanteuse, et les musiciens Stéphane Argillet basé à Berlin et Nicolas Jorio basé à Paris.

S’aventurer à classer La Chatte dans une quelconque catégorie serait osé. Voire stupide. Essayons : néo wave. C’est-à-dire un mélange de rythmes synthétiques, de claviers cold wave et de mélopées théâtrales qu’emmène Vava Dudu (mélange de Grace Jones et de Brigitte Fontaine) à grand coup de petits cris hystériques, extatiques et métalliques. Trois albums à ce jour dont le dernier « Crash océan » enregistré à Berlin (pas étonnant) qui brise les règles et les codes sans s’aventurer à rejeter certains schémas de nos chères années 80.

Mission au sein de l’institution CCA Berlin x Lou Ferrand

Cette année, la jeune commissaire Lou Ferrand a été sélectionnée pour intégrer l’équipe de curation du CCA Center for Contemporary Art à Berlin pour la conception de l’exposition « Jota Mombaça », artiste plasticien.ne et activiste brésilien.ne. La jeune curatrice a été sélectionnée, à la suite d’un appel à candidature diffusé par les réseaux professionnels français et le CCA, par le fondateur et le directeur de l’institution Fabian Schöneich. Elle était invitée à les accompagner dans la recherche, l’organisation et le développement d’actions de médiation envers les publics pour une mission de 4 mois, de septembre à décembre 2023.

 

 Photos: Vues de l’exposition de Jota Mombaça  » A certain death/the swamp », Courtesy of CCA.

A CERTAIN DEATH/THE SWAMP est la première exposition individuelle institutionnelle complète de Jota Mombaça en Allemagne. La pratique de cette artiste, auteure et performeuse née à Natal, au Brésil, se développe à partir de sa longue réflexion sur la modernité coloniale. Ce faisant, elle s’intéresse aux ruptures apocalyptiques que celle-ci a engendrées et qu’elle continue de déchaîner au milieu de sa domination prédominante. L’exposition au CCA de Berlin met en évidence la recherche continue de Mombaça en présentant des travaux récemment créés pour l’exposition. L’accent est mis sur une installation qui occupe tout l’espace et sur un travail vidéo. Des céramiques, des textiles et des dessins sont également exposés. Les œuvres exposées transmettent des qualités sensorielles marquées à la fois par le voyage dans une forêt de mangrove en Amazonie et par l’étrange topographie de Berlin, qui est probablement entièrement située sur des zones humides asséchées. De ces témoignages matériels fragmentaires découle une série de questions discursives que Mombaça entend élucider par une réflexion collective progressive : comment maintenir ou récupérer des pratiques d’affirmation de la vie qui se sont constituées autour de principes d’interdépendance cosmologique ? A partir de quel morceau de terre, par quel cours d’eau, peut-on surmonter la violence destructrice de notre environnement construit ? Où les espoirs radicaux peuvent-ils fleurir alors que nous vivons la fin de notre monde tel que nous le connaissons ?

En tant que membre de l’équipe curatoriale, Lou Ferrand a preparé un panel de discussion avec l’artiste Jota Mombaça, qui aura lieu en Février 2024. Lou Ferrand a également organisé un atelier d’écriture à destination des moins de 31 ans au CCA. Le thème était la poésie dans la ville, conçu comme une sorte de prélude au programme « Displayed words » organisé l’année suivante par le CCA.

En savoir plus sur Lou Ferrand

Cette mission en institution est soutenue par l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).